Fin d’année oblige….

   L’impressionnante et terrible vérité des clichés, pourquoi la réussite est un dangereux compagnon et comment la déception ouvre la voie à l’originalité.

 

Nous voici à nouveau à cette période de l’année, cette période durant laquelle des icônes culturelles et autres dignitaires de tous horizons convergent vers les podiums à travers le monde pour transmettre leur sagesse à un lot d’étudiants fraîchement diplômés et impatients de prendre le monde d’assaut.

brain1    David Foster Wallace au Kenyon College (2005)

En 2005, David Foster Wallace s’est adressé à la promotion du Kenyon College en un remarquable discours qui a révélé tant son impressionnante, singulière et éclectique intelligence, que son esprit meurtri, en dévoilant les triomphes et les tragédies qu’implique le fait d’être David Foster Wallace.

 

Lorsque celui-ci mit fin à ses jours (d’un façon qu’il avait déjà évoquée sur le podium), le discours prit une toute nouvelle signification pour ceux qui révérèrent, pleurèrent et essayèrent de comprendre cet auteur respecté. En 2009, ce discours a été adapté en un court ouvrage intitulé C’est de l’eau : quelques pensées, exprimées en une occasion significative, pour vivre sa vie avec compassion (This is Water : Some Thoughts, Delivered on a Significant Occasion, about Living and Compassionate Life.)

 

“Il est extrêmement difficile de rester alerte et attentif et de ne pas devenir  hypnotisé par le monologue perpétuel qui se déroule à l’intérieur de sa propre tête (peut être en ce moment même). Vingt ans après ma propre remise de diplôme, j’ai peu à peu compris que le cliché selon lequel les Sciences Humaines vous apprennent à réfléchir est en réalité une vision simplifiée d’une notion beaucoup plus profonde et sérieuse : apprendre à réfléchir signifie apprendre à exercer un certain contrôle sur ce que l’on pense et comment on le pense. Cela signifie être conscient et suffisamment lucide pour choisir ce à quoi nous accordons notre attention et choisir comment retirer du sens de l’expérience. Car si vous ne pouvez pas exercer ce genre de choix lors de votre vie adulte, vous serez complètement dépassés. Pensez au vieux cliché qui dit « l’esprit est un excellent élève mais un terrible maître. » Cela, ainsi que de nombreux clichés, tout nuls et insipides qu’ils puissent paraître en surface, expriment en réalité une terrible et grande vérité. Ce n’est pas du tout une coïncidence si les personnes qui mettent fin à leur vie optent souvent pour une balle dans la tête. Ils éliminent le terrible maître. Et la vérité est que la plupart de ces personnes sont  déjà mortes bien longtemps avant qu’elles n’appuient sur la gâchette. Ce que je suggère c’est que  c’est là la réelle valeur de votre éducation : Apprendre à éviter de traverser votre confortable, prolifique et respectable vie d’adulte comme mort, inconscient, esclave de votre propre esprit et de votre tendance naturelle à être complètement, singulièrement et terriblement seul jour après jour.”

Discours de David Foster Wallace (Partie 1- VO)

Discours de David Foster Wallace (Partie 2-VO)

 

brain2     Ellen Degeneres à Tulane (2009) 

En 2009, la géniale Ellen DeGeneres – icône, joviale danseuse, et une de mes plus grandes héroïnes- a gratifié la promotion « Katrina » à l’Université Tulane (Nouvelle-Orléans) d’une bourrasque d’humour et d’esprit condensés en un tourbillonant discours qui vous emporte par son humilité et sa profonde candeur , avant de vous remettre les pieds sur terre avec un nouveau regard sur le monde.

 

« Quand vous avancerez dans la vie, vous vous rendrez compte que la définition du succès change. Pour beaucoup d’entre vous aujourd’hui, un succès consiste à descendre sans encombre 20 shooters de Tequila. Pour moi, la chose la plus importante, c’est de vivre votre vie avec intégrité et de ne pas plier sous le poids du regard des autres ; de ne pas essayer d’être ce que vous n’êtes pas. Vivre avec honnêteté et compassion, contribuer de quelque façon que ce soit. Donc pour conclure…ma conclusion : suivre votre passion, rester honnête envers vous-même. Ne jamais suivre la voie de quelqu’un d’autre, à moins que vous ne soyiez perdus dans les bois et que vous voyiez un sentier ; alors là, oui, bien sûr, prenez-le. »

 

brain3   Aaron Sorkin à l’Université de Syracuse (2012)

Aaron Sorkin a enflammé la scène à l’Université de Syracuse et donné un discours qui possédait autant de traits d’esprit et de sagesse que de candeur. En faisant remarquer l’échec de l’Etat par le passé à réagir face  l’épidémie du Sida sous prétexte qu’une maladie affectant principalement les homosexuels ne méritait pas grande attention, et l’erreur que cela a constitué rétrospectivement, il nous fait réfléchir sur les récents progrès en faveur des droits des LGBT (Lesbiennes/Gays/Bi/Trans) et les sentiments mêlés d’étonnement et de honte que nous pourrions avoir dans quelques dizaines d’années lorsque nous reviendrons sur notre sectarisme étatiquement régulé aujourd’hui.

 

« Développez vos propres repaires et faites leur confiance. Prenez des risques, osez échouer, rappelez-vous que la première personne à passer le mur se fait toujours mal. Lors de mes années d’études à Syracuse, j’ai partagé un appartement avec 4 collocataires, dont un, Chris, qui étudiait le théâtre. Chris était un gars sympathique qui possédait un humour pince-sans-rire et une présence solaire sur scène. Il était né hors de son temps, et aurait été le parfait homme pour jouer le bras droit de Mickey Rooney dans « Babes on Broadway ». J’étais inscrit à l’époque au Time et à Newsweek. Chris avait pour habitude de rire de ce qui lui semblait être un intérêt étrange pour les événements mondiaux qui n’avaient rien à voir avec les arts.  J’ai perdu contact avec Chris après avoir été diplomé et je ne suis donc pas très sûr de la date de sa mort. Mais je me rappelle qu’à peu près un an et demi après l’avoir vu pour la dernière fois, j’ai lu un article dans Newsweek à propos d’un virus qui faisait ravage à travers le pays. Le Centre du contrôle des Maladies l’appelait le « Syndrome d’Immunodéficience Acquise » ou SIDA. Et ils demandaient à la Maison Blanche 35 Millions de Dollars pour la recherche, les soins et le financement d’un remède. La Maison Blanche eut le sentiment que 35M était une somme beaucoup trop conséquente pour une maladie qui n’affectait que les homosexuels, et ils refusèrent. Ce qu’ils n’auraient pas fait, je suis sûr, s’ils avaient su que les 35M était une bonne affaire comparés au 2 billions que cela leur coûterait 10 ans plus tard. Suis-je en train de dire que Chris serait toujours vivant s’il avait lu Newsweek ? Bien sûr que non. Mais il me semble que de plus en plus, nous en sommes venus à espèrer de moins en moins les uns des autres, et cela doit changer. Vos amis, votre famille, cette école attendent de vous plus que votre succès académique. »

 

brain4   Barack Obama à Wesleyan (2008) 

Le Philosophe Daniel Dennett a un jour proposé son avis sur le secret du bonheur : « Trouvez quelque chose de plus important que vous et dédiez votre vie à cela. ».

Dans son discours de 2009 lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’Université de Wesleyan, Barack Obama a formulé cette idée avec tout autant d’éloquence : « Notre salut individuel dépend du salut collectif. Car ne penser qu’à soi, ne satisfaire que ses désirs et besoins immédiats trahit une pauvreté d’ambition. »

« Si vous choisissez la voie du service, si vous choisissez de faire de l’une de ces causes la vôtre, sachez que vous connaîtrez des frustrations et échecs occasionnels. Même vos succès seront marqués par les imperfections et les conséquences involontaires. Je vous le garantis, il y aura des moments où vos amis et votre famille vous pousseront à choisir des combats plus raisonnables offrant des récompensenses plus concrètes. Et il y aura des moments où vous serez tenté de suivre leurs conseils. Mais j’espère que vous vous rappelerez, durant ces moments de doute et de frustration, qu’il n’y a rien de naïf à vouloir changer le monde. Car il ne suffit que d’un acte de service – un coup contre l’injustice – pour provoquer ce que Robert Kennedy appelait ‘le petit frisson d’espoir’. C’est cela qui change le monde. Cet acte unique. »

 

brain5  Conan O’Brien à l’Université de Darmouth (2011)

On peut toujours compter sur Conan pour mettre le doigt sur les Grandes Vérités avec sa marque de fabrique faite d’irréverence, d’autodérision et de fine observation sociale.

“Pendant des années, au sein du Show Business, le but ultime de tout comédien était d’être l’hôte du Tonight Show. C’était le Saint Graal, et comme beaucoup, je pensais qu’ atteindre ce but me garantirait le succès. Mais ce n’était pas vrai. Aucun métier, aucune carrière spécifique ne me définissent, et ne devraient vous définir. En 2000, j’ai dit aux diplômés de ne pas avoir peur d’échouer, et je crois encore ce que j’ai dit. Mais aujourd’hui, j’ajoute que quoique vous ressentiez, peur ou non, les déceptions arriveront. Ce qui est beau c’est qu’à travers ces déceptions vous pourrez trouver de la lucidité, et avec la lucidité arrivent la conviction et la réelle originalité.”

 

Article traduit et adapté (avec amateurisme et nombreuses approximations) de l’original composé par Maria Popova sur son exquis site: http://www.brainpickings.org/ 

http://www.brainpickings.org/index.php/2012/05/18/commencement-speeches-2// 

Les “commencement speeches” sont très spécifiques au système universitaire anglosaxon et traduisent une vision tout à fait différente de l’éducation selon moi. Je suis moi-même très intriguée par cette pratique (d’où cet article traduit) même si je suis très sceptique sur leur pertinence en France. Sommes-nous trop cyniques pour en avoir? Ou peut-être le monde Universitaire tient-il tellement en horreur une quelconque “peoplolisation” de l’éducation académique que l’idée même les rebuterait? (Cela étant dit, nombreux “dignitaires” et “universitaires” français se prêtent volontiers à l’exercice lorsque des Universités étrangères prestigieuses le leur demandent…). Bref, matière à penser…

2 thoughts on “Fin d’année oblige….

  1. Pas mal en effet de lire le discours complet…Ca manque cruellement à notre système, cette tradition de partage entre générations…

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